Nous vous invitons à faire une pause ensemble

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Écosystèmes, matériaux de construction et cultures architecturales

Nzinga B. Mboup examines des matériaux de construction non conventionnels avec Stephanie Idongesit Ete, Jingru (Cyan) Cheng et George Massoud

Le texte suivant est un extrait de l’événement CCA c/o Dakar : Écosystèmes, matériaux de construction et cultures architecturales. L’événement s’est déroulé à l’Africa Centre de Londres le 6 novembre 2025 et met en scène Nzinga B. Mboup en conversation avec Stephanie Idongesit Ete, Neba Sere, Jingru (Cyan) Cheng et George Massoud.

Nzinga B. Mboup
D’emblée, il m’est apparu très clairement que CCA c/o Dakar allait nous donner un cadre pour comprendre plus en profondeur les traditions architecturales sénégalaises et mettre en avant l’important patrimoine matériel et la diversité des méthodes de construction que l’on ne retrouve pas dans la pratique contemporaine. Pour moi, jeune professionnelle dans la discipline, cette démarche de recherche m’a apporté un large éventail de connaissances et m’a permis de tisser des liens avec tout un écosystème d’architectes, à la fois sur le continent africain et ailleurs dans le monde, ayant en commun un intérêt pour les pratiques non extractives et la mise en œuvre d’alternatives matérielles ancrées dans la culture, le paysage et les populations. L’événement d’aujourd’hui et le choix des personnes qui y interviennent ont été pensés dans l’idée d’une forme d’atelier nous offrant la possibilité d’apprendre les unes des autres et de définir collectivement les questions à poser. Stephanie, nous nous sommes rencontrées alors que vous meniez des recherches pour votre projet d’exposition The Dakar–Lagos Corridor: Material Culture.
Stephanie Idongesit Ete
Cette recherche a commencé par une fascination pour l’architecture et le paysage d’Afrique occidentale et le désir d’une plus grande proximité avec eux. J’ai toujours été captivée par la manière dont nos bâtiments prennent forme : les textures, histoires sociales, techniques de construction. L’architecture est une culture matérielle par essence, mais quand on parle de culture matérielle et d’architecture, pensons-nous à la provenance des matériaux? Quel est le contexte social, historique, environnemental? Quels sont les récits et développements associés à l’architecture, et que peut-on en apprendre? Donc, voilà certaines des questions qui me passionnaient alors que je m’intéressais aux différentes matérialités en Afrique de l’Ouest.

J’ai trouvé cet exemple de béton armé à Gorée, la petite île de Dakar. La caractéristique qui m’a frappée, c’est la manière dont le béton était fabriqué à l’époque, dans le sens où on employait des granulats de coquillage et de pierre, et on employait aussi des coquillages pour le mortier du béton. C’est vraiment propre à ce lieu.

J’ai pu aussi comparer en visitant d’autres pays. Au Ghana, j’ai croisé une dame qui s’intéressait aux pratiques de bricolage en bord de mer et qui avait remarqué que les gens décoraient leurs bâtiments avec des coquillages, ce qui l’incita à appliquer cette technique à sa propre boutique, située au centre d’Accra. La méthode est liée au contexte côtier, mais elle est aussi pratiquée par d’autres gens dans la région. C’est une étude des matériaux, mais aussi des histoires qui s’y rapportent.

Stephanie Idongesit Ete, Agrégat de béton apparent composé de pierres et de coquillages, Gorée, Sénégal, 2023. Photographie numérique. © Stephanie Idongesit Ete

NBM
Travailler avec des matériaux non conventionnels nous oblige à interagir avec l’écosystème, à apprendre où trouver les ressources dont nous avons besoin, comment les transformer, et comment celles-ci vont se comporter au fil du temps. Ma vision quant à cette histoire fertile est d’analyser à la fois le passé et le présent pour mieux comprendre la nature des liens entre les différents matériaux et les écologies qui y sont associées. Le type de matérialité que l’on rencontre à Dakar – une fois que l’on commence vraiment à y prêter attention – va bien au-delà des constructions en verre, aluminium et acier, aujourd’hui si répandues de nos jours. À travers notre histoire, nous avons toujours connu à divers égards une diversité en matière de matérialité et de techniques constructives.

Si le béton n’est pas le matériau principal avec lequel je travaille, j’aspire à mieux le comprendre et à en savoir plus sur son histoire, parce qu’on le tient pour inévitable. Tout le monde vous dira qu’il s’agit d’un matériau de construction traditionnel, mais il suit une évolution complexe aussi en rapport avec l’histoire coloniale, avec la principale cimenterie implantée depuis les 70 dernières années, car, avant, au Sénégal, le ciment était importé.

Chaque matériau soulève ses propres enjeux, inhérents à son environnement. L’exemple du calcaire me paraît particulièrement intéressant en raison de son lien avec l’architecture coloniale française dans la région. On l’utilise encore aujourd’hui comme matériau de pavage et de revêtement, mais plus comme matériau principal pour faire des murs porteurs. L’un des liens que j’ai pu établir est que le début de la production de ciment a coïncidé avec la baisse de l’utilisation de la pierre taillée pour la construction, cette pierre allant plutôt maintenant d’une manière ou d’une autre à la fabrication du ciment, soit pour la production de ciment ou comme granulat dans le béton.

Nzinga B. Mboup, Auditoires de l’UCAD, Dakar, Sénégal, 2025. Photographie numérique. © Worofila

NBM
La production de ciment génère une géographie de l’extraction rendu possible par les différents types de permis délivrés par le gouvernement aux entreprises cimentières pour l’extraction du sable, de l’argile et du calcaire. Il y a des inquiétudes quant à l’impact sur le territoire, mais aussi sur les personnes directement, car derrière les machines gravite tout un milieu humain en contact avec ces matériaux polluants, toxiques. L’architecture de béton qui en résulte est aussi source d’inconfort thermique surtout dans les climats chauds de nos pays.

Comme l’a mentionné Stephanie, les coquillages jouent un rôle essentiel dans notre architecture. L’usage n’en est plus répandu aujourd’hui, mais on en trouve des traces en architecture traditionnelle des époques précoloniales, où les mortiers étaient faits de coquillages, notamment dans la région du Delta du Saloum. J’ai parlé récemment à l’architecte Thierry Melot, figure centrale du modernisme régional des années 1970s, qui m’a avoué que l’inspiration des amphithéâtres coquillés de l’Université Cheikh Anta Diop lui venait des décorations des pots de fleurs qu’il avait vu les femmes vendre en bordures de route, souvent ornés de ces coquillages. Il m’a raconté une histoire très intéressante à propos du chantier et des ouvriers qui étaient en compétition pour déterminer qui pouvait installer le plus de coquillages sur les façades des amphithéâtres, et comment ils les ont ancrés avec du ciment blanc. Faire le lien entre ces récits, les architectures produites et le savoir local est la clé. À moins de revisiter et mieux comprendre cette écologie matérielle et nos savoirs-faires endogènes, leur application dans l’architecture contemporaine demeurera limitée. En fin de compte, un certain esprit critique s’impose lors d’une prise de décision sur les matérialités à employer en fonction des réalités actuelles de leurs écosystèmes.

Nzinga B. Mboup, Photo d’un pot décoré de coquillages, Dakar, Sénégal, 2026. Photographie numérique. © Nzinga B. Mboup

Jingru (Cyan) Cheng
Depuis environ 10 ans, nous travaillons sur le village chinois de Shigushan, un site qui fournit à la fois des ressources et de la main-d’œuvre. Le village alimente en pierres l’industrie chinoise de la construction, et est un bassin de travailleurs migrants. La Chine compte près de 300 millions d’ouvriers ruraux qui migrent de ces villages vers les centres urbains, laissant souvent derrière eux leur famille. Nous avons appris avec les années que la chose la plus significative que nous pouvions leur apporter était de passer du temps avec leur parenté. Attention et marques d’estime authentiques sont chose rare, et c’est pourquoi nous y retournons année après année. Nous avons documenté leur vie quotidienne et toutes les sortes d’improvisation que nous avons réalisées ensemble. Danser, chanter, tout ça, puis nous leur avons présenté le résultat. Le jour de la projection, tout le village est venu et les gens ont adoré se voir sur grand écran. Lorsque nous avons eu l’occasion de faire connaître cette histoire à Londres l’an dernier, nous avons noué d’autres formes de liens grâce à la pierre sèche.

La pierre sèche est un patrimoine matériel collectif. À Shigushan, les fondations sont souvent construites en pierres sèches récupérées de bâtiments démolis, couramment avec des maçons spécialisés œuvrant en parallèle aux excavatrices. Ces fondations ont un statut provisoire. Leur avenir est incertain : destinées à supporter un logement potentiel ou à finir à l’état de ruines, selon les aléas de la situation familiale. Dans l’intervalle, qui dure parfois des années, elles servent de potager ou de terrain de jeu pour les enfants. Rien n’est ni permanent ni irréversible, mais une négociation ouverte avec le temps.

Chen Zhan, Maçons spécialisés dans la construction de murs en pierres sèches travaillant aux côtés d’une pelleteuse lors d’un processus simultané de démolition et de reconstruction dans le village de Shigushan, en Chine, 2023. Photographie numérique. © field-0

JCC
La construction de murs en pierres sèches est une pratique traditionnelle également ici dans la campagne anglaise. Nous avons érigé une infrastructure grandeur nature d’une maison de village sur Bedford Square, à Londres, comme critique de l’accaparement par le privé des espaces publics dans cette ville. Bâtir des murs en pierres sèches à Londres, c’est rappeler l’histoire britannique du clôturage, au cours de laquelle des terres communes ont été transformées en parcelles privées. Les murs en pierres sèches avaient valeur d’inscription physique qui conférait au territoire un caractère intelligible, divisible, gouvernable. En ce sens, l’implantation d’une structure familiale sur un espace public privatisé a remis en cause les distinctions bien ancrées entre public et privé que le clôturage avait contribué à consolider en Grande-Bretagne.
JCC
Cette construction en pierres sèches est un assemblage temporaire de matériaux issus de la terre. Concassé, sable, terre, copeaux de bois, granulats de verre recyclé, briques de chanvre et plantes herbacées. Une fois l’installation démontée, tous les matériaux ont eu une seconde vie : retour à la carrière, dans des jardins communautaires ou sur le prochain chantier. Le site a fonctionné comme un espace collectif évolutif. C’était un endroit où les gens qui travaillent ou étudient dans le secteur prenaient leur pause du dîner, une aire de jeux pour les enfants l’après-midi et, la nuit, un habitat pour les renards, tandis que les interstices entre les pierres accueillaient insectes et petite faune.

Chen Zhan, Fondations en pierre sèche en cours de réalisation, Bedford Square, London, 2024. Digital Photography. © field-0

NBM
On voit bien qu’il y a un dénominateur commun entre ces techniques, comme la construction en pierres sèches, qui est d’ailleurs remarquable car elle se fait sans mortier et qu’il s’agit véritablement d’une méthode répandue dans le monde entier qui a fait ses preuves, et démontrent la durabilité de l’architecture naturelle. C’est l’occasion parfaite d’approfondir ce sujet avec George Massoud, de Material Cultures.
George Massoud
Nous sommes un organisme dont la vocation est de promouvoir la construction biorégionale, installé ici à Londres, mais qui œuvre dans tout le pays. Par notre travail, nous militons pour la réintégration de l’architecture au sein de la sphère agricole, car nous pensons que les bâtiments sont interreliés aux paysages d’où sont extraits les matériaux servant à leur construction.

Il est important pour nous que le design reflète une culture et les gens ou les organisations qui le créent. La participation est une partie essentielle de notre démarche conceptuelle. Nombre des sujets de recherche tournent autour de la façon d’aller vers une économie circulaire, mais aussi des pratiques de gestion du territoire plus régénératrices. En comprenant comment sont gérées les ressources, en suivant les chaînes d’approvisionnement et en ayant une meilleure idée de ce que sont les biorégions, ces contraintes s’intègrent pleinement au processus de design. Cette stratégie multidisciplinaire suppose souvent que nous rapprochions de multiples formes d’expertise qui n’ont pas forcément l’habitude d’interagir : de la foresterie à la politique, du militantisme à l’architecture.

Material Cultures, plateforme d’apprentissage MAKE, Londres, 2026. Photographie numérique. © Henry Woide

GM
Travailler avec des matériaux naturels est un vaste défi. Nous devons faire face à de nombreux problèmes, en particulier en matière de coûts dans les chaînes d’approvisionnement. Nous nous efforçons de travailler aussi localement que possible, ce qui implique des coûts. Nous essayons aussi souvent que possible de choisir des systèmes de construction très simples, parce que quand vous essayez d’intégrer une démarche participative dans le chantier lui-même, il est important que le transfert de savoir puisse se faire de façon accessible.

Travailler avec des matériaux naturels signifie ralentir, ce qui va à l’encontre des tendances, car tout le monde veut tout pour hier; mais, parfois, ça prend beaucoup de temps pour faire sécher un mur en brique de chanvre l’hiver. Vous vous harmonisez beaucoup plus aux saisons, et il vous faut procéder d’une manière quelque peu différente.
NBM
Il y a aussi une quête d’autonomie dans le fait de pouvoir trouver d’où proviennent les matériaux et de s’assurer que les personnes peuvent y accéder facilement. Dans le contexte de l’Afrique de l’Ouest, l’émancipation en construction concerne le ciment, car il est omniprésent. On le vend dans toutes les quincailleries et il est simple à manipuler, permettant à n’importe quel néophyte de produire des blocs de maçonnerie faciles à façonner sur place en ajoutant du sable et de l’eau.
GM
Il est vraiment intéressant de réfléchir à ce que ce matériau représente. Le ciment, le béton et le verre incarnent le pouvoir, la durabilité et l’immuabilité. Alors que les matériaux naturels, on nous a mis dans l’idée qu’ils étaient en quelque sorte un peu primaires. Et je crois qu’il y a beaucoup de désapprentissage et de rééducation à faire à ce sujet.

Material Cultures, maquette d’installation murale pour l’ETH Materials Hub, Zurich, 2024. Photographie numérique. © Material Cultures

SIE
À l’occasion de mes rencontres avec des architectes pour mieux connaître leur manière d’exercer leur profession, lors d’une conversation, on m’a dit que le béton était un matériau local, car on pouvait facilement trouver du ciment partout. À chaque coin de rue dans certaines villes, des sacs de ciment sont disponibles et tout le monde peut bâtir. Dans un certain sens, c’est une forme de démocratisation pour plusieurs, car ça leur permet de construire par eux-mêmes; et leur expliquer qu’on peut construire en terre, c’est pour beaucoup tout un changement de mentalité extrêmement difficile à opérer. Les gens vont croire qu’on les ramène vers le passé, mais il y a un potentiel.
NBM
Ce débat se poursuit toujours pour nous tous, et plus j’avance dans mes recherches, plus je découvre des histoires de monopole, de sabotage et d’exploitation inhérentes à ces matériaux. Avec un portrait d’ensemble, on comprend que ce n’est pas par accident que nous en sommes arrivés aux cultures matérielles qui prévalent aujourd’hui. Avec les progrès de ces recherches, les gens vont à mon avis trouver valorisant de pouvoir évoluer en prenant en considération différents aspects (techniques, culturels, humains, écologiques, etc.) liés aux choix de matériaux. Notre objectif à toutes et à tous ici est de contribuer à l’édification d’un monde plus équitable et de faire connaître ce que chacune de nos géographies et nos cultures a de meilleur à offrir.

La production architecturale des architectes du Sénégal

Nzinga B. Mboup explore une multitude d’approches et de définitions d’identité(s) architecturale(s)

Les deux premiers événements publics du programme c/o Dakar ont permis de revenir sur les héritages architecturaux de l’histoire contemporaine du Sénégal en revisitant la pédagogie de l’École d’Architecture et d’Urbanisme de Dakar (E.A.U.) et les travaux d’architectes tournés vers la question de la valorisation du patrimoine. La Biennale de Dakar a été choisie comme moment privilégié pour organiser un troisième programme public centré sur les architectes du Sénégal et leurs réalisations, en nous penchant particulièrement sur les bâtiments conçus par la première génération : notamment Cheikh Ngom et Cheikh Ndiaye, parmi les premiers Sénégalais à ouvrir leur cabinet d’architecture dans les années 1970 après avoir étudié en France, ainsi qu’Abdoulaye Emile Diouf, diplômé de l’E.A.U. en 1979.

Plus d’une dizaine de bâtiments conçus par ces architectes ont été présentés par eux-mêmes, leurs enfants et collaborateurs en mettant l’accent sur la démarche et la méthodologie architecturales, le choix de matérialité et l’inscription du bâtiment dans le tissu urbain. L’objectif étant de commencer à définir les différentes déclinaisons de l’architecture moderne sénégalaise en les replaçant dans un contexte plus large de production idéologique et matérielle. Le texte qui suit propose une sélection de moments marquants de ce troisième événement, en soulignant quelques-uns des travaux réalisés par cette première génération d’architectes sénégalais.

La tour BCEAO et l’immeuble Fayçal par Cheikh Ngom : une architecture rationnelle, fonctionnelle et ambitieuse

Au moment de l’indépendance en 1960, il n’existait pas d’école d’architecture au Sénégal. Les architectes qui y exerçaient à l’époque étaient pour la plupart français; Michel Chesneau du cabinet Chesneau et Vérola, Henri Chomette et Thierry Melot du cabinet BEHC, ainsi que Jean-Paul Castanet et Fernand Bonamy sont parmi les premiers à ouvrir des cabinets d’architecture à Dakar et à s’inscrire à l’Ordre des Architectes, créé en 1970.

Cheikh Ngom fait partie d’une première génération d’architectes du Sénégal, formée à l’étranger (en France et aux États-Unis) entre la fin des années 1960 et le début années 1970. Parmi les autres architectes de cette génération particulièrement prolifiques, on compte la compagnie de Pierre Goudiaby Atepa, inscrit à l’Ordre en 1974, Moussa Fall inscrit en 1975 et Cheikh Ndiaye, qui s’y inscrit en 1979.

Ce n’est qu’en 1974 que Cheikh Ngom, ingénieur devenu architecte après avoir étudié à L’École spéciale d’architecture de Paris entre 1970 et 1973, devient le premier à ouvrir un cabinet d’architecture et d’urbanisme dirigé par un Sénégalais à Dakar. Soutenu par le président Léopold Sédar Senghor, il remporte en 1975, aux côtés de son jeune confrère Pierre Goudiaby, le concours pour le siège de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), affirmant son rôle dans le développement architectural du pays et du continent. Le projet de la tour de la BCEAO, inaugurée en 1979, marque un tournant dans le monde de la construction au Sénégal : avec ses vingt étages, elle devient alors l’immeuble le plus élevé de la capitale.

« J’ai fait dix ans d’études supérieures à Paris . Après, je suis rentré ouvrir mon cabinet, avec l’autorisation de Senghor. Il y avait les cabinets français, mais pas de cabinets sénégalais, et son projet était justement d’avoir des architectes sénégalais. Je suis, comme tous les architectes, curieux, et j’ai décidé d’être autonome. Je pouvais ouvrir mon cabinet parce que j’avais un bagage technique qui me permettait d’avoir un support, et après avoir travaillé pendant un an, il y a eu le concours pour le siège de la Banque Centrale. »

- Propos de Cheikh Ngom recueillis par Nzinga Mboup, à Ziguinchor, mai 2021

Plan de masse du Complexe de la BCEAO. © Archives Cheikh Ngom

Plan d’étage de la tour de la BCEAO © Atepa Group

Le complexe du siège de la Banque est composé de cinq bâtiments entourés d’un parc et se situe au bout de l’avenue Albert Sarraut, l’un des axes majeurs du centre-ville partant de la Place de l’Indépendance. La partie visible du complexe est la tour, inspirée du fromager de Casamance. Ce bâtiment cylindrique est marqué par des artères qui prennent racine au sol et remontent jusqu’à son sommet. La tour, de forme ovale, est structurée autour d’un noyau central habillé de ce que Cheikh Ngom appelle une « jupe », constituée par la façade striée d’artères verticales. Les façades sont recouvertes de marbre local aux teintes naturelles. Au pied de l’édifice, un bassin en forme de carte de l’Afrique souligne cet équilibre entre patrimoine africain et modernité.

La tour de la BCEAO de Cheikh Ngom et Pierre Goudiaby (1975). Photographie de Ismael Sow © Ismael Sow

La tour de la BCEAO © Atepa Group

« Avant, il y avait la nature européenne internationale, verticale, et nous, on a apporté un peu de changement dans le design des façades et la forme [des bâtiments]. On a fait la logique rationnelle avec un peu de fantaisie – il fallait changer un peu par rapport à ce qui se faisait. »

- Propos de Cheikh Ngom recueillis par Nzinga Mboup, à Ziguinchor, mai 2021

Par la suite, Cheikh Ngom réalise plusieurs bâtiments résidentiels à Dakar, parmi les plus connus, on peut citer l’immeuble Fayçal (1984) et l’immeuble Fahd (1992), tous deux situés à proximité de la tour de la BCEAO. La résidence Fayçal, l’un des édifices les plus hauts de Dakar, se distingue par sa structure audacieuse et sa façade en béton brut. Située sur une élévation dans le quartier du Plateau, elle combine une base pyramidale large, des balcons en saillie sur les cinq premiers étages et une tour rectangulaire élancée en partie supérieure. L’utilisation du béton armé, du fer et de nombreuses surface vitrées crée un jeu de formes géométriques et de lumières.

L’immeuble Fayçal de Cheikh Ngom. Photographie de Nzinga Mboup © Nzinga Mboup

Les « écailles » de l’immeuble Fayçal. Photographie de Nzinga Mboup © Nzinga Mboup

Ses tours aux allures uniques demeurent des icones architecturales dans le paysage dakarois. Elles illustrent la démarche de Cheikh Ngom, qui repose sur une « logique rationnelle », alliant fonctionnalité et esthétique. Face aux attentes d’une identité africaine en architecture, il répond par une vision pragmatique, intégrant des motifs variés et modulaires plutôt qu’un style purement décoratif. Les modules linéaires qui habillent la « jupe » de la tour de la BCEAO et les « écailles » de l’immeuble Fayçal remplissent également une fonction de protection solaire. Selon Cheikh Ngom, la logique rationnelle implique aussi de s’adapter au climat et de concevoir une façade qui contribue au confort thermique à l’intérieur du bâtiment.

« Ici, l’harmattan charrie un sable considérable et recouvre tous les bâtiments d’une fine couche orangée. Bien sûr, tout ceci n’est pas fortuit. L’orientation du bâtiment tient compte de l’ensoleillement. Ce qui permet aux gens de bien vivre dans le projet, c’est d’avoir des protections solaires. La façade et l’orientation permettent d’obtenir le confort. Chaque façade est un projet ; lorsqu’on est devant, on ressent quelque chose ; on sent que ce n’est pas ordinaire. Avec une façade ordinaire, lisse, on serait obligés de mettre des rideaux et la clim. »

- Propos de Cheikh Ngom recueillis par Guillaume Ramillien, à Ziguinchor, avril 2023

L’esthétique et l’expression architecturale apparaissent comme le produit d’une rationalité et d’une maitrise technique dont tout architecte doit se doter avant de pouvoir apporter fonctionnalité et solidité au bâtiment, et avant de rajouter des « fantaisies » qui doivent rester dans une logique d’économie et de durabilité. Bien que le béton soit souvent le matériau principal utilisé par Cheikh Ngom, ce choix traduit un souci de durabilité : le matériau de façade, que ce soit le béton brut de décoffrage ou le revêtement en marbre, nécessite peu d’entretien au fil du temps.

Le Contrôle financier et L’Office du baccalauréat par Cheikh Ndiaye : une architecture épurée avec des matériaux locaux

Cheikh Ndiaye, par ses contributions au patrimoine dakarois et sénégalais dans son ensemble, compte parmi les figures principales de la première génération d’architectes du Sénégal. Après avoir étudié à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, dont il sort diplômé en 1979, il retourne aussitôt au Sénégal pour fonder son cabinet éponyme. Ses ouvrages emblématiques joueront un rôle clé dans le développement de l’architecture moderne sénégalaise.

L’héritage de sa formation aux beaux-arts a conféré à Cheikh Ndiaye une vision de l’architecture comme un art premier, avec un amour de la discipline où il ne faisait pas de dichotomie entre l’homme et l’architecte. Sa méthodologie se caractérise par une rigueur et une simplicité qui se lisent dans ses réalisations. Soucieux de l’insertion du bâtiment dans son contexte, il tenait à ce que la lecture de la façade soit facile, optant pour des lignes claires et épurées. D’un point de vue fonctionnel, la qualité des espaces intérieurs revêtait une importance tout aussi grande, en plaçant au centre la lumière et la ventilation naturelles, avec une intégration réfléchie de la structure. En tant que l’un des premiers architectes sénégalais, son architecture trouve un ancrage territorial dans son usage de matériaux locaux tels que la pierre et le coquillage, inspirés de ses séjours récurrents à Toubab Dialaw, un village de pêcheurs situé à une heure de Dakar.

« Il parlait aussi souvent de fonctionnalité et d’esthétique. Dans sa manière de circuler, comment était orienté le bâtiment, les distributions, comment était fait l’intérieur du bâtiment. Fonctionnalité et esthétique étaient très importantes pour lui mais devaient être en lien avec la façade, parce qu’il aimait les lignes épurées, facilement lisibles et facilement appréciables. Il parlait de façades dépourvues de fantaisies. Il disait souvent que la fantaisie ne permettait pas une lecture facile de la façade et que l’architecture devait être simple et belle. »

- Lamine Ndiaye, ingénieur et fils de Cheikh Ndiaye, le 9 novembre 2024.

Le bâtiment du Contrôle Financier. Photographie de Ismael Sow © Ismael Sow

Perspective du bâtiment du Contrôle Financier. © Archives Cheikh Ndiaye

Le Contrôle Financier est le premier projet de la carrière de Cheikh Ndiaye, suite à un concours qu’il remporte en 1981. Situé en face de la présidence de la république, le bâtiment abritera par la suite la Primature de la république. Cet édifice administratif en forme de L s’articule sur trois niveaux et s’inscrit dans son contexte urbain en occupant l’angle de la rue et en renfermant une cour intérieure. Ce bâtiment inaugural illustre la méthodologie de Cheikh Ndiaye, notamment son intégration intentionnelle de la structure à l’architecture, visible dans le croisement des poteaux et poutres apparentes en façade, ainsi que dans les porte-à-faux successifs rendus possibles grâce à une trame structurelle rationnelle.

Les façades et l’ensemble du bâtiment, aux lignes épurées, reflètent les expressions modernistes de l’architecte et le choix du revêtement en coquillé fin et blanc cassé exprime davantage la pureté des volumes cubiques. Le coquillé en plus d’être local et de puiser ces origines dans les paysages côtiers est aussi très durable et limite le besoin en entretien dans un Dakar ou l’embrun marin peut être agressif et endommager les peintures ou même souvent le béton.

« C’était quelqu’un qui mettait en valeur les matériaux locaux, la pierre de Ndayane, les coquillages de Toubab Dialaw… il a beaucoup travaillé ces choses et aimé les mettre en œuvre dans ses bâtiments. »

- Lamine Ndiaye, ingénieur et fils de Cheikh Ndiaye, le 9 novembre 2024

On retrouve la simplicité des lignes et l’utilisation de matériaux locaux dans un autre projet de Cheikh Ndiaye : l’Office du Baccalauréat. Initié en 1989, ce bâtiment s’inscrit dans un projet plus large de rénovation de l’Université de Dakar, en collaboration avec l’entreprise EGCAP. Il se distingue par sa volumétrie radicale et un patio central qui permet au bâtiment de respirer. Le plan du rez-de-chaussée est volontairement laissé libre en grande partie, les fonctions administratives étant concentrées dans les étages supérieurs. Cette composition facilite ainsi la circulation de la population étudiante et offre d’amples espaces d’attente à l’abri du soleil, sous la végétation luxuriante du patio et des alentours. Les poteaux et piliers du rez-de-chaussée sont recouverts de pierre calcaire, les murs extérieurs des étages supérieurs de pierre coquillière beiges. Une fois de plus, la lecture de la façade est facilitée par des lignes horizontales continues, la trame structurelle en retrait restant lisible sans interrompre la continuité de l’ensemble. Cette simplicité des lignes architecturales restera l’une des marques de fabrique de Cheikh Ndiaye, que l’on retrouvera dans le siège de la SONACOS, autre bâtiment emblématique de Dakar.

« Cheikh Ndiaye était notre aîné, et ce que nous avons retenu de lui, c’est cette grande simplicité qui fait l’académie. Dans son dessin architectural, il avait une certaine simplicité de la ligne, soit une horizontalité, soit une verticalité, mais des plus simples et des plus belles. »

- Nicolas Cissé, architecte DPLG-S, le 9 novembre 2024

L’immeuble CITAMIL, le siège de l’IPRES et les Universités USSEIN d’Abdoulaye Emile Diouf : une expression architecturale reflet du patrimoine sénégalais

Abdoulaye Emile Diouf est un architecte sénégalais et co-fondateur du cabinet Oscare Afrique en 1987, après l’obtention de son diplôme. Lorsqu’il intègre l’E.A.U. en 1979-80, il se retrouve confronté à un projet iconique de l’architecture sénégalaise : la maison du président Senghor, communément appelé « les dents de la mer », conçue par l’architecte Fernand Bonamy. Emile Diouf visite le projet en construction en 1981, et sa rencontre avec Senghor lui permet de s’imprégner de sa pensée intellectuelle et de sa défense d’une architecture moderne inspirée de la tradition soudano-sahélienne, comme le montrent les multiples murs obliques de sa maison, faisant référence aux contreforts de l’architecture de terre monumentale du Sahel.

« Le parallélisme asymétrique, l’esthétique que nous avons apprise, nous a été inculquée par Senghor. Nous avions des références historiques et culturelles de l’architecture soudano-sahélienne. C’est notre culture et notre vécu. C’est une phase d’assimilation de notre culture qui nous permet, au-delà de ce que nous avons appris en fonctionnalité et en climatologie – Jean-Charles Tall était notre professeur de contrôle thermique –, au-delà de ce que nous mettions en œuvre par rapport aux sciences exactes, d’appliquer les références culturelles qui touchaient à notre sociologie. »

- Abdoulaye Emile Diouf, architecte DPLG-S, le 9 novembre 2024

Siège du projet de reboisement (USAID). © Abdoulaye Emile, DIOUF Architecte / Oscare Afrique

Siège du projet de reboisement (USAID). © Abdoulaye Emile, DIOUF Architecte / Oscare Afrique

Maison Senghor, 2018. Photographie de Nzinga Mboup © Nzinga Mboup

Une des premières réalisations d’Emile Diouf, le siège de l’USAID à Hann, reprend des éléments verticaux et obliques inspirés de la Maison Senghor, qui seront repris dans le projet de l’immeuble CITAMIL avec des références plus explicites à l’architecture traditionnelle du Sénégal.

L’immeuble CITAMIL, situé à proximité de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD), est le premier projet réalisé sur ce site. Initialement nommé « Cité Radieuse », l’objectif était de créer un bâtiment qui réponde aux enjeux portés par ce nom. Le projet a pris en compte les contraintes du site, notamment sa proximité avec l’université. Les éléments verticaux et triangulaires qui découpent la façade sont une métaphore d’ailerons, protégeant le bâtiment des jets de pierre, tout en affirmant une identité architecturale forte qui symbolise l’architecture sénégalaise en rappelant les murs de la Maison Senghor et accentue la verticalité.

Façade de l’immeuble CITAMIL. Photographie de Ismael Sow © Ismael Sow

Les percements observés sur la façade s’inspirent également d’une tradition soudano-sahélienne : l’architecture soninké. L’architecture de terre de ce peuple, présent au nord-est du Sénégal à la frontière avec le Mali et la Mauritanie, se distingue par de petites ouvertures géométriques en façade pour ventiler les habitations.

« Avec l’immeuble CITAMIL, nous avons fait appel à des percements de référence de l’architecture soninké. Vous voyez les mêmes percements, mais à l’envers, sur le Contrôle Financier. Mes références sont les mêmes que celles de Cheikh Ndiaye. »

- Abdoulaye Emile Diouf, architecte DPLG-S, le 9 novembre 2024

Façade de l’immeuble CITAMIL. Photographie de Ismael Sow © Ismael Sow

Détail d’une maison Soninké à Hassi Chegar. Avec l’aimable autorisation de Jacques Trouvé © Jacques Trouvé

Une autre influence qu’il cite est le cours de thermique dispensé par son ainé du Prytanée militaire, Jean-Charles Tall, qui a enseigné l’acoustique et la physique du bâtiment à l’E.A.U. à partir de 1984. Le souci du confort thermique, notamment par l’usage de mécanismes de protection solaire comme la façade double peau, reviendra beaucoup dans l’architecture d’Abdoulaye Emile Diouf. Le siège de l’IPRES, un autre de ses projets, illustre cette approche avec sa seconde façade constituée de colonnes verticales servant de protection solaire tout en soutenant des coursives, qui à leur tour, offrent une circulation extérieure et protègent les pièces intérieures de toute insolation directe.

Siège de l’IPRES à Dakar. © Abdoulaye Emile, DIOUF Architecte / Oscare Afrique

Siège de l’IPRES à Dakar. © Abdoulaye Emile, DIOUF Architecte / Oscare Afrique

Si la carrière d’Abdoulaye Emile Diouf a été marquée par une série de projets internationaux à travers lesquels on peut admirer doubles peaux et mécanismes de protection solaire, l’orientation de sa pratique architecturale aujourd’hui témoigne d’une volonté de reconnecter avec une matérialité ancrée dans le territoire.

Une de ses dernières grandes réalisations est l’USSEIN, un complexe universitaire du Sine Saloum qui s’étend sur cinq sites, tous caractérisés par une flore commune. Le projet s’inspire de l’architecture soudano-sahélienne, avec des matériaux, des couleurs et des motifs qui en reflètent les traditions. L’étude approfondie des matériaux locaux a abouti à des résultats précis, répondant parfaitement aux attentes de l’architecte. Ce projet met en valeur la richesse du patrimoine tout en soulignant la nécessité de développer une industrie locale de matériaux, ancrée dans cette tradition.

Échantillons d’enduits avec différents sables et coquillage pour l’USSEIN. Photographie de Nzinga Mboup © Nzinga Mboup

Complexe universitaire USSEIN. © Abdoulaye Emile, DIOUF Architecte / Oscare Afrique

« La richesse, c’est-à-dire les matériaux que l’on peut trouver sur le site, peut être utilisée pour participer au développement local et à l’industrialisation tout en évitant le tous azimuts de l’importation. Nous avons une richesse dans le sable, avec le coquillage, avec la granulométrie, et nous avons notre savoir-faire. Alors nous avons créé un projet qui donne des solutions par rapport à son environnement. »

- Abdoulaye Emile Diouf, architecte DPLG-S, le 9 novembre 2024

L’influence de précurseurs comme Cheikh Ngom et Cheikh Ndiaye (et Pierre Goudiaby Atepa) sur les architectes de l’école de Dakar est évidente. Il est évident aussi que les réalisations de ces figures fondatrices ont inspiré leurs jeunes confrères, comme le réclame Abdoulaye Emile Diouf, inscrivant plusieurs de ses projets dans cette tradition architecturale moderne sénégalaise.

Cheikh Ngom, architecte sénégalais né en 1935 à Ziguinchor a étudié trois ans à l’École fédérale des travaux publics de Bamako entre 1955 et 1958, puis a passé dix ans à Paris, de 1963 à 1973. Il a suivi les cours de l’École d’application des ingénieurs des TPE de Paris, puis de 1968 à 1970, ceux de l’Institut d’urbanisme de l’université de Paris. Enfin de 1970 à 1973, Cheikh Ngom a intégré l’École Spéciale d’Architecture de Paris, dont il est sorti diplômé en 1973 avec un projet de fin d’études sur l’urbanisme du quartier de l’Hôtel de Ville de Ziguinchor.

Né en 1946 à Coki, Cheikh Ndiaye est un éminent architecte sénégalais. Il entreprend ses études en France au milieu des années 1970 à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, dont il sort diplômé en 1979. Durant cette période, il acquiert ses premières expériences professionnelles à travers divers stages : à l’agence Le Couteur de 1975 à 1978, à l’agence Maurice Lafont de 1975 à 1978, et enfin à l’agence des frères Arsen Henry de 1976 à 1979. Fort de ces expériences, il regagne le Sénégal où il fonde son propre cabinet éponyme. Dès lors, il entreprend divers projets remarquables dans le paysage architectural sénégalais, notamment le Contrôle Financier, le Palais de Justice, l’Office du bac, la Piscine olympique, ou encore le CHU Fann Dakar.

Abdoulaye Emile Diouf est un architecte sénégalais né le 31 juillet 1959 à Dakar. Après avoir fait son lycée au Prytanée militaire de Saint-Louis, il intègre L’École d’Architecture et d’Urbanisme de Dakar en 1979-80 et en sort diplômé en 1987 avec un projet de fin d’études intitulé « Étude et conception du siège central d’une agence panafricaine de presse ». Pendant ses études, il effectue plusieurs stages dans le cabinet ATEPA et assiste Abib Diene au démarrage de son cabinet BEAD en 1986. En 1987, il fonde le cabinet Oscare Afrique et part au Canada suivre une formation en conception assistée par ordinateur à Québec et à Montréal. Il revient au Sénégal en 1988 et démarre ses activités professionnelles avec l’architecte Djouga Sylla Diouf, installés au boulevard Général-de-Gaulle [désormais boulevard Mamadou-Dia], avant de déménager au Point E en 1996. Le cabinet Oscare Afrique est présent dans treize pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique Centrale. Parmi ses réalisations figurent le siège social de l’IPRES à Diourbel, le siège de la Caisse de Sécurité Sociale, le siège du Ministère de la Santé à Fann, l’extension de la bibliothèque de l’UCAD, le complexe CITAMIL/GIABA, le siège de la SONATEL et les futures universités du Sine Saloum (El Hadj Ibrahima Niasse). Abdoulaye Emile Diouf est également un avide collectionneur d’art et co-fondateur de l’école d’Architecture, d’Urbanisme et des Beaux-Arts ARUBA, qu’il a montée avec les architectes Abib Diene, Cherif Diattara, Boubacar Seck et Cheikh Sadibou Diop, et qui a ouvert ses portes en novembre 2024.

La valorisation du patrimoine architectural sénégalais, entre pédagogie et pratique

Nzinga B. Mboup discute avec Jean-Augustin Carvalho, Fodé Diop, Andrée Diop-Depret et Xavier Ricou

Le deuxième événement public du programme CCA c/o Dakar du 17 août 2024 a regroupé quatre architectes sénégalais dont les travaux aussi bien en tant qu’étudiants que dans leurs pratiques professionnelles ont centré la question de la définition et de la valorisation du patrimoine bâti et architectural au Sénégal. Hormis Xavier Ricou, qui a défendu son projet de thèse à Paris qui portait sur l’ile de Gorée, les trois autres architectes ont été formés à l’École d’Architecture et d’Urbanisme de Dakar (E.A.U.) : Andrée Diop-Depret, la première femme architecte diplômée de l’E.A.U. qui avec son cabinet GA2D a mené plusieurs projets de réhabilitation et de rénovation de monuments historiques au Sénégal; Jean-Augustin Carvalho, qui avec son projet de fin d’études à étudié la réhabilitation du marché Sandaga; et Fodé Diop, dont le projet de diplôme portait sur la restructuration de l’île de Saint-Louis. Leurs présentations et leurs échanges avec le public ont formé un espace de transmission d’expériences qui témoigne des différentes stratégies que l’on peut adopter pour connaître et valoriser notre patrimoine, tirer des leçons du passé et élucider les défis qui nous attendent dans un contexte de destruction de notre patrimoine bâti.

Case à impluvium, Casamance. Source : Worofila

La notion de l’importance de préserver l’histoire d’un peuple est souvent revenue dans la discussion, dénotant l’unanimité sur le besoin de connaitre l’histoire inscrite dans les bâtiments qui ont précédé notre époque, aussi diverses dans leurs écritures architecturales et portant en eux nos cultures endogènes ainsi que les multiples influences exogènes que nous avons connues.

Pour les architectes réunis, la sensibilité au patrimoine a été souvent connectée à leurs histoires familiales (comme pour Xavier Ricou avec Gorée) ou leur vécu (Fodé Diop a fait son lycée à Saint-Louis). Les études à l’E.A.U. ont également sensibilisé des générations d’étudiants qui ont parcouru le Sénégal pour cartographier les architectures traditionnelles de diverses régions sous la direction du professeur Patrick Dujarric.

Répertorier le patrimoine

« Non seulement une culture et une civilisation nègres existent, mais encore, elles affirment leur antériorité par rapport à la culture et à la civilisation de l’Occident, puisqu’elles ont, par plus d’un côté, influencé, voire conditionné, la culture et la civilisation de l’Occident, du moins dans ce que celles-ci ont d’originel. Aussi n’est-il que très légitime qu’au Sénégal l’on pense à sauvegarder juridiquement, par la classification, la conservation et la protection, les monuments à caractère préhistorique, protohistorique et historique, témoins dynamiques des temps anciens. »
«Il s’agit de mieux connaître notre passé, d’apporter chaque fois la preuve du développement culturel, artistique et scientifique dont notre pays a été le théâtre. Il faut recenser tous les éléments témoins de notre histoire, les conserver dans les conditions les meilleures. » Extraits du projet de loi sur les monuments historiques du 13 Avril 19711


  1. Voir https://www.dri.gouv.sn/sites/default/files/LOI/1971/Commission-loi-decentralisation-et-travail/LOI-N-71-12-DU-06-AVRIL-1971.pdf 

Lorsque la loi a été promulguée, seuls l’ile de Gorée et le Cap Manuel faisaint l’objet de protection juridique. Aujourd’hui la liste des monuments historiques du Sénégal s’est élargie à des centaines de sites sur l’ensemble du territoire sénégalais1.

Afin de connaitre le patrimoine et le mettre sous protection il faut d’abord le répertorier, l’étudier et comprendre ses spécificités. C’est ce qu’on fait Xavier Ricou et Fodé Diop pour les îles de Gorée et de Saint-Louis respectivement avec leurs projets de mémoire. Les éléments d’analyse comprenaient la description de leurs contextes géographiques, l’analyse de la morphologie urbaine, la morphologie des bâtiments et surtout de l’habitat et les éléments techniques (matériaux, types de toitures, balcons) qui définissent l’architecture de ces iles. L’état de dégradation des bâtiments a aussi été un critère central a cette cartographie, proposant des solutions techniques pour des travaux correctifs comme le traitement des remontées capillaires.

Si ces projets de fin d’études étaient théoriques, ils ont porté leurs fruits dans leurs carrières respectives axées sur la protection des îles. Fodé Diop a choisi ce sujet afin d’en faire un projet de fin d‘études qu’il voulait « utile », et ce travail de cartographie du patrimoine bâti de l’île a été actualisé pour servir de base pour le classement de l’Île de Saint-Louis au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2000. Xavier Ricou s’était chargé par la suite de mettre en place son plan de sauvegarde.

Si la cartographie de ces deux iles est marquée par des architectures iconoclastes, d’autres formes de patrimoine plus récentes ont intéressé Jean-Augustin Carvalho, qui s’est tourné vers le marché Sandaga dans son projet de fin d’études. Le bâtiment à l’architecture Soudano-sahélienne1 datant des années 1930 était encore dans les années 1980 un des lieux phares du commerce dakarois mais se retrouvait déjà englouti par plusieurs cantines dans ses rues environnantes. Le projet de Carvalho ne centre pas le bâtiment en soit mais sa fonction de marché à Dakar et l’expansion de ces fonctions sur l’îlot urbain. L’analyse des différents programmes, les denrées et objets vendus, leurs dispositions des étalages et la temporalité et volumes des flux mènera à un projet de restructuration urbaine des allées émanant de Sandaga pour constituer un nouveau Centre commercial. Ce travail de recherche avait reçu le soutien de la Mairie de Dakar à qui le travail a été remis pour servir de base à la réflexion autour de ce marché qui fait l’âme de Dakar.


  1. Son architecture, que le Président Senghor a dénommé « soudano-sahélienne » enracinait fort bien l’édifice dans son environnement urbain dakarois, dans cet espace soudanais (nom ancien du Mali avec lequel nous formions une fédération) et africain. 

Jean-Augustin Carvalho. Extrait de la thèse Conception d’un centre commercial : Contribution à l’Etude de Restructuration du Marché Sandaga, 1988

Jean-Augustin Carvalho. Extrait de la thèse Conception d’un centre commercial : Contribution à l’Etude de Restructuration du Marché Sandaga, 1988

La démolition tragique du marché en 2021 après un incendie en 2013 a alimenté un nouveau débat sur la préservation et la valorisation du patrimoine et fait l’objet de batailles juridiques mais aussi d’études techniques et architecturales. La proposition non retenue d’Andrée Diop-Depret et son cabinet GA2D avait pour ambition de restaurer les fonctions originelles du bâtiment ainsi que son enveloppe en renforçant les éléments structurels abimés par l’incendie. Une des fonctions longtemps oubliée du jeune public de Dakar et que Diop-Depret voulait restaurer est celle de la terrasse du marché qui servait de lieu de bals et de répétition aux danseurs du théâtre Daniel Soprano, qui aurait pu servir aux défilés de modes et autres manifestations culturelles de la ville.

Les contributions des quatre architectes présents lors de la discussion ont mis en exergue une compréhension transversale des éléments historiques, socio-culturels, matériels et urbains du patrimoine bâti basée sur un travail de recherche, de recensement et de cartographie qui permet non seulement de préserver le bâti mais aussi de le ramener dans notre époque.

Le marché Sandaga dans vers 1975. Extrait de la présentation de Jean-Augustin Carvalho, 17 août 2024

GA2D, projet de rénovation du marché Sandaga. Extrait de la présentation de Jean-Augustin Carvalho, 17 août 2024

Préserver le patrimoine architectural

Au-delà du projet non-réalisé du marché Sandaga, Andrée Diop-Depret a présenté plusieurs projets de restauration, de réhabilitation et de rénovation de bâtiments classés aux monuments historiques au fil des temps, menés avec son cabinet GA2D1. La stratégie d’implémentation de ces projets se nourrit de la connaissance de l’histoire, des matériaux et procédés constructifs faisant échos aux travaux de recherche et de cartographie de Xavier Ricou.


  1. Andrée Diop-Depret a fait la distinction entre ces trois termes. Une réhabilitation consiste à réaménager un bâtiment en gardant l’aspect extérieur et en y améliorant le confort intérieur. La réhabilitation suppose le respect du caractère architectural des bâtiments. Dans certains cas, la réhabilitation peut déboucher sur un changement de destination de l’ouvrage. La restauration consiste à remettre le bâtiment dans son état d’origine, il s’agit là aussi d’une logique de préservation historique, encore plus stricte que dans une réhabilitation. La rénovation a pour objectif de remettre à neuf. 

« Le patrimoine a continué à se dégrader. Les matériaux de construction vieillissent prématurément. Il y a une absence d’entretien qui fait que même des murs anciens finissent par s’effondrer. Il y a aussi une perte de savoir-faire qui fait que quand un mur ancien est réparé, on le répare à la façon du 20e siècle ou 21e siècle, et non pas comme on le faisait autrefois avec des couches de pierres superposées. » Xavier Ricou

«À Gorée, les linteaux étaient en bois et pour appuyer le linteau, pour lui donner un peu plus de force pour pouvoir tenir les balcons, on mettait des voûtes en pierre, en briquettes… Ces voûtes ont été retrouvées sur la galerie et restaurées. Les socles et les poteaux étaient faits également avec le même système de moellon de basalte lié avec de la chaux. » Andrée Diop-Depret

La Maison Victoria Albis à Gorée avant et après la réhabilitation. Extrait de la présentation d’Andrée Diop-Depret, 17 août 2024

Un mur en basalte mal réhabilité à la Maison Victoria Albis, Gorée. Extrait de la présentation de Xavier Ricou, 17 août 2024

Les projets de restauration réalisés par Diop-Depret et Ricou de la Maison des Esclaves et la Maison Victoria Albis à Gorée ont commencé par des relevés architecturaux qui ont recensés les modifications architecturales subies au fil du temps. L’analyse a permis aussi d’étudier la composition des murs en moellons de pierres de basaltes assemblés avec un mortier de chaux et coquillage auxquels se sont rajoutés des murs en parpaing ciment au 20e siècle. Les meurtrières et fenêtres bouchées ont été identifiées pour le remettre dans leur état originel. Pour rester dans la matérialité du lieu, l’architecte a sourcé des pierres à Popenguine, pour en faire les marches de l’escalier central. La restauration a conservé l’aspect visuel du bâtiment.

« À la Maison des Esclaves, toutes les galeries étaient en revêtement de bois. C’était des poutrelles en ronier… Le ronier est interdit de coupe au Sénégal. Il a fallu avoir une autorisation spéciale pour permettre à l’entreprise d’aller couper le ronier pour pouvoir remplacer certains éléments. » Andrée Diop-Depret

Pour le projet de rénovation et d’extension de la Gare de Dakar, l‘approche a été de conserver la façade en briques de terre cuite ainsi que la structure métallique d’origine, tout en réorganisant les espaces intérieurs pour répondre aux besoins du nouveau train express régional (TER). La structure métallique a été renforcée par une structure parallèle en béton armé à l’intérieur et les combles de la charpenté ont été investis en tant qu’espace technique pour la nouvelle ventilation mécanique. Les sols ont été refaits avec la technique traditionnelle du granito ou terrazzo en utilisant du marbre venant de la région de Kédougou au Sénégal Oriental. Les céramiques de la façade principale ont été refaites avec la collaboration du céramiste Dakarois Mauro Petroni pour rester conformes aux originales. L’extension en métal et en briques prolonge la palette de matériaux de la gare d’origine en faisant de cette rénovation un exemple de modernisation d’une infrastructure du passé au service des ambitions actuelles et futures du pays. Ces projets de GA2D démontrent comment l’architecte, armé de la connaissance mémorielle, matérielle et technique, peut être un agent de la valorisation du patrimoine, de la préservation d’infrastructures et de la mémoire afin d’amener les anciens bâtiments au présent en les remplissant d’usages contemporains.

Le patrimoine bâti traditionnel peut aussi inspirer les architectes dans leurs conceptions contemporaines, comme dans le cas du marché Saint-Maur de Ziguinchor. Ce projet a permis à l’architecte Jean-Augustin Carvalho de poursuivre son intérêt pour la fonction centrale du marché en s’inspirant des architectures traditionnelles Diolas, notamment les cases en impluvium avec leur principe de centralité, marqué par un atrium qui fait entrer la lumière dans les espaces.

Jean-Augustin Carvalho. Marché Saint-Maur de Ziguinchor. Extrait de la présentation par l’auteur, 17 août 2024

Jean-Augustin Carvalho. Marché Saint-Maur de Ziguinchor. Extrait de la présentation par l’auteur, 17 août 2024

Quels outils et défis?

Les architectures anciennes sont riches en enseignement sur les stratégies passives de confort thermique, ainsi que sur l’utilisation des diverses ressources locales pour construire des bâtiments ancrés dans leur contexte. Les architectures traditionnelles du Sénégal telles que la case à impluvium de Casamance décèlent des principes d’éclairage naturel, de collecte des eaux de pluies avec des toitures en chaume naturellement ventilées et de savoir-faire constructif des murs en terre. La période coloniale a introduit des techniques constructives en pierre basaltique ou calcaire (pierre de Rufisque) et plus tardivement a mis en œuvre les bâtisses en terre cuite qui distinguent l’architecture de Saint-Louis. Même après l’indépendance, des architectures modernistes des années 1970 tels que le cabinet BEHC (Bureau d’Études Henri Chomette) et Birahim Niang avec l’A.D.A.U.A. (Association pour le Développement naturel d’une Architecture et d’un Urbanisme Africains) dans les années 1980 ont aussi adopté une approche d’architecture naturelle en utilisant de la terre cuite produite localement.

Derrière la question de valorisation du patrimoine repose celle des savoir-faire : de la connaissance des matériaux et des techniques constructives autre que le béton armé, les parpaings, le verre et l’aluminium, des matériaux qui dominent aujourd’hui le marché de la construction au Sénégal. La perte de connaissances appauvrit l’offre architecturale et le marché de la construction, qui dépend de plus en plus de matériaux importés (carreaux, acier et aluminium), et en conséquence les bâtiments existants deviennent de plus en plus difficiles à rénover ou restaurer.

« On avait fait des recommandations pour créer un centre de formation aux métiers du patrimoine à Saint-Louis, qui permette de réapprendre aux gens les métiers liés à la sauvegarde et à la réhabilitation…. De pousser les recommandations et les patronats sénégalais à investir dans une unité de fabrication de tuiles, de briques en terre cuite, etc. pour que les éléments du patrimoine puissent être produits sur place, avec un centre de formation à côté qui permet maintenant d’utiliser ces éléments (la menuiserie, les charpentiers et tout ça) pour qu’au moins le travail sur le terrain puisse être effectif. » Fodé Diop

L’importance de la transmission de connaissances sur le patrimoine bâti et des lieux de transmission de ces connaissances est un projet de société qui nous permet d’avoir un regard critique sur notre histoire et de nous armer avec les outils pour valoriser nos différentes cultures et développer notre économie. Cette base est nécessaire pour faire des choix éclairés sur la transformation ou préservation du patrimoine et pour servir les intérêts de nos sociétés actuelles. L’oubli est certes une stratégie qui permet d’effacer et de reconstruire au prix de la perte de richesse patrimoniale, de ressources naturelles et de savoir-faire ancestraux au profit des politiques et des intérêts industriels actuels qui cherchent à s’octroyer le monopole des marchés.

L’héritage de l’École d’Architecture et d’Urbanisme de Dakar, 1973-1991

Nzinga B. Mboup discute avec Abib Djenne, Seynabou Diouf, Thiao Kandji et Birahim Niang

Le programme CCA c/o Dakar a été lancé sous la forme d’une table ronde qui avait pour but de centrer l’héritage que l’École d’Architecture et d’Urbanisme de Dakar (E.A.U.), active de 1973 à 1991, a pu apporter à la conception de la modernité architecturale sénégalaise. Au cours des discussions, plusieurs thématiques cruciales ont émergé, notamment celle d’une éducation nationale architecturale née d’une volonté politique et avec à cœur la définition d’une architecture africaine ancrée dans son contexte, mais aussi apte à répondre aux défis et réalités socio-économiques du Sénégal. L’exhumation de la thèse d’un de premiers architectes sénégalais Pierre Goudiaby (Atepa), ayant obtenu son diplôme d’architecture en 1973 dans le Massachusetts et dont des extraits ont été publiés dans Fugitive Archives: A Sourcebook for Centring Africa in Histories of Architecture a été l’inspiration pour revenir sur les projets de fin de cycle de la première génération d’architectes formés au Sénégal, afin de comprendre l’inscription de leur démarche dans un contexte sociétal, culturel, politique et historique et de faire vivre ces archives.

Pierre Goudiaby (Atepa), « La ville africaine idéale », thèse de maîtrise, Rensselaer Polytechnic Institute, mai 1973. © Pierre Goudiaby. Published in Fugitive Archives: A Sourcebook for Centring Africa in Histories of Architecture, p. 50-51. © Pierre Goudiaby

L’événement a été marqué par la présence des premiers diplômés de l’E.A.U. comme Abib Djenne (diplômé en 1979), Nicolas Cissé (1979) et Birahim Niang (1980), ainsi que de la dernière promotion de l’école, représentés par Seynabou Diouf et Thiao Kandji (1990), accompagnés de leurs professeurs Jacques Trouvé (responsable du cours de volume et art plastiques) et Jean-Charles Tall (acoustique), ainsi que d’autres collègues comme Annie Jouga et Mbacké Niang qui, bien qu’ayant été formés en France, ont largement participé à la production des idées et milité pour une architecture moderne sénégalaise. En passant au travers des présentations et des différentes interventions faites lors de cette discussion, on réussit à retracer les fondements de l’école et son héritage, à partir duquel nous pouvons repenser la pédagogie architecturale au Sénégal aujourd’hui.

« On avait un combat au début des années 1970. Le président de la République, Léopold Sédar Senghor, avait dit qu’il fallait une architecture nationale pour une nouvelle nation. Et un grand poète, Senghor, disait qu’effectivement, lui, il était sensible à la définition de l’architecture, la définition primaire de l’architecture de l’époque déjà de Vitruve. Il avait réuni les architectes français de l’époque, qui étaient à Dakar, pour dire, je veux une architecture sénégalaise. Je veux une école sénégalaise, parce que le rythme exprimé par Vitruve existe dans notre architecture » Birahim Niang

L’histoire et la structure de l’école

L’E.A.U. est née d’une volonté politique du premier président après l’indépendance de Sénégal, Léopold Sédar Senghor, un homme de lettres investi dans la promotion de l’art et la culture. Après avoir créé l’école des Arts en 1960 pour dispenser une formation en arts plastiques, celle-ci est fermée en 1972 pour créer l’Institut national des Arts, qui comprendra un conservatoire, une école des beaux-arts et l’École d’Architecture et d’Urbanisme avec deux divisions, l’une formant les commis d’architecte et une autre formant les architectes. Senghor veut faire émerger des arts nouveaux dont fait partie l’architecture, qui doit prendre source dans l’héritage ancestral tout en étant en harmonie avec les méthodes artistiques occidentales contemporaines afin de faire ressortir une identité culturelle et le patrimoine négro-africain1.

Cette vision Senghorienne est très présente dans les récits de la première génération d’architectes et a été une quête perpétuelle au travers de leurs projets académiques et leurs premiers projets réalisés. Cette vision a également créé le tissu pédagogique de leur cursus.


  1. Adama Djigo, « Patrimoine culturel et identité nationale : construction historique d’une notion au Sénégal », Journal des Africanistes, No. 85-1/2, 2015, p. 312-357. 

Organigramme par Claude Schnaidt du curriculum des études en Architecture et Urbanisme, E.A.U., 1973

Le cursus se divise alors en trois cycles ; le premier cycle de deux ans qu’on intègre avec le baccalauréat dispensant une formation de base pour acquérir les éléments de base scientifiques et technologiques à l’issu duquel un certificat d’études architecturale est obtenu. Le deuxième cycle de deux ans est centré sur la qualification professionnelle et mène au diplôme d’architecte. Enfin le troisième cycle de deux ans permet la spécialisation en architecture (habitation, équipements collectifs, touristique, constructions industrielles, rurale) ou en urbanisme (aménagements urbain, rural, régional, planification physique du territoire). Six ans après la création de l’École et de son curriculum1, le pari de Senghor porte ses fruits et la première génération d’étudiants complète son troisième cycle en 1979, avec Abib Djenne qui sortira major de sa promotion avec son projet de thèse « Restructuration du village de Hann-Pecheurs ».


  1. Abdou Sylla, « L’architecture sénégalaise contemporaine », Collection Sociétés africaines et diaspora, 1 novembre 2000 

« École nationale d’Architecture et d’Urbanisme, La première promotion fêtée », Le Soleil, 14-15 juillet 1979. On reconnait M. Habib Diene (Abib Djenne) (2e à partir de la droite) qui a reçu le prix qui le distingue « pour ses dispositions techniques exceptionnelles ».

Apprendre du vernaculaire et améliorer sa condition

La thèse d’Abib Djenne avait comme objectif de proposer une méthode d’amélioration de l’habitat dans le village de Hann-Pêcheurs, un des centres de la communauté Léboue, le peuple autochtone de la presqu’île de Dakar. Djenne, lui-même issu de cette communauté bien qu’ayant grandi à Gueule Tapée/ Medina, a opté pour une démarche ethnographique et sociologique afin de comprendre le mode de vie des habitants et la morphologie urbaine du quartier avant de proposer une intervention architecturale.

Plusieurs cours dispensés à l’E.A.U ont nourri cette approche. En 2e année, le cours de Sociologie avait comme objet l’ethnologie et la psychosociologie en analysant les modes de vies des populations dans le milieu rural comme le milieu urbain. En 3e année, le module sur « L’habitation, la famille et la société » étudiait l’habitation traditionnelle et l’organisation socio-spatiale des quartiers afin de comprendre leurs fonctions et faire ressortir besoins des habitants.

Un des professeurs de l’école qui promouvait l’approche ethnographique était Patrick Dujarric qui organisait des voyages d’études dans tout le Sénégal avec les étudiants afin de cartographier les différentes formes d’habitat ruraux qui ont été regroupés dans l’ouvrage Maisons sénégalaises1.

Patrick Dujarric, Maisons sénégalaises : habitat rural 1, 1984. © UNESCO

Patrick Dujarric, Maisons sénégalaises : habitat rural 1, 1984. © UNESCO

« J’ai passé 12 semaines à Hann, j’étais résident sur place… J’ai fait l’état des lieux, j’ai étudié sur place, j’ai étudié l’habitat à distance, comment les gens vivent, j’ai fait maison par maison, concession par concession. Ensuite, j’ai fait les différents quartiers qu’il y avait, j’ai fait la population, comment est constituée la population, il y avait tant pour cent de Wolofs, tant pour cent de Diolas. Je me suis rendu compte que ça commençait à être une métropole, une ville dans laquelle il y avait différents apports. J’ai d’abord fait tout un travail d’urbanisme. Après cela, j’ai projeté un quartier. Plus d’analyse, j’ai compris le besoin du quartier. » Abib Djenne

Ayant participé à ces voyages d’études et héritier de cette pédagogie de l’E.A.U., Abib Djenne a étudié le village de Hann-Pêcheur sous un prisme ethnographique en cartographiant la répartition de la population et les occupations des habitants. L’étude minutieuse et la cartographie de l’habitat, la répartition des espaces et les matériaux utilisés ainsi que l’analyse des équipements publics ont nourri la proposition de réaménagement urbain pour créer des voiries éclairées pour plus de sécurité et un habitat amélioré qui permettrait aux habitants de se loger mais aussi de poursuivre leurs activités artisanales. Les deux typologies d’habitat proposées par Djenne sont destinées à des familles de pêcheurs, avec un atelier qui permet aux femmes de sécher et de vendre le poisson pêché par un membre de la famille. La répartition des espaces domestiques suit la logique de concession traditionnelles, permettant à tous et chacun d’avoir un espace privatif tout en partageant l’espace communautaire de la cour où se déroule la plupart des activités domestiques.

Extraits de la thèse d’Abib Djenne, 1979. © Abib Djenne

Extraits de la thèse d’Abib Djenne, 1979. © Abib Djenne

D’autres étudiants de l’E.A.U. ont adopté une démarche similaire en travaillant souvent dans des zones rurales. C’est le cas de la thèse de Daouda Ndiaye et de Moustapha Fall qui ont proposé dans leur thèse une restructuration du village Soninké de Mouderi en étudiant les spécificités de l’habitat rural. Cette thèse va un peu plus loin et propose même des systèmes constructifs inspirés de l’habitat traditionnel : des arches et des dômes réalisés avec la brique de terre moulée, une technique traditionnelle de la vallée du fleuve Sénégal.

Daouda Ndiaye et Moustapha Fall. « L’habitat dans la Vallée du fleuve Sénégal, Restructuration du village Soninké de Mouderi, Amélioration de l’habitat », 1986

Daouda Ndiaye et Moustapha Fall. « L’habitat dans la Vallée du fleuve Sénégal, Restructuration du village Soninké de Mouderi, Amélioration de l’habitat », 1986

Cette attention portée aux systèmes constructifs sera partagée par Seynabou Diouf dans son projet de thèse, qui propose une série de prototypes modulaires avec une variété de systèmes constructifs en matériaux naturels et améliorés afin de permettre aux communautés de construire par elles-mêmes un espace pour l’éducation de la petite enfance.

Réponses au contexte et l’approche bioclimatique

« J’avais choisi ce sujet, parce que j’avais très à cœur le devenir de l’enfant. C’est l’enfant qui devient adulte, donc il était important pour moi de voir comment vraiment améliorer l’espace de l’enfant, dès son plus jeune apprentissage… J’ai ciblé certaines écoles maternelles où j’avais eu à faire des investigations pour voir comment évoluait l’enfant dans les locaux. Et j’avais pu relever plusieurs facteurs qui ne marchaient pas du tout, concernant les espaces qui étaient trop petits ou les installations sanitaires qui n’étaient pas du tout adaptées à l’enfant. L’éclairage et la ventilation aussi posaient certains problèmes. Outre ce constat, je devais proposer un aménagement flexible et adapté au milieu où devaient évoluer des enfants…. J’en avais déduit qu’il fallait créer un module flexible, et définir la surface qui était réellement utile à l’enfant, en sachant que les salles de classe ne pouvaient pas être dévolues à une vingtaine d’enfants, ou quinze enfants, ce qui aurait été idéal, et qu’il devait y avoir au moins 35 ou 40 enfants par classe. Et j’avais défini un module de 60 mètres carrés, flexible, qui permet d’adapter les agencements dans des environnements divers. » Seynabou Diouf

Extraits de la thèse de Seynabou Diouf, « Conception de prototypes modulaires d’écoles maternelles au Sénégal », 1990. © Seynabou Diouf

Lorsque Seynabou Diouf se saisit de la question du lieu d’apprentissage de la petite enfance, elle commence par étudier une série de maternelles à Dakar pour comprendre leur fonctionnement et rapidement déceler les lacunes de ces espaces. Ayant comme précepte le droit à l’éducation pour tout enfant au Sénégal, elle développe un système de modules spatiaux et par la suite des modules constructifs pour permettre la construction par étapes d’écoles maternelles par les populations aussi bien dans des milieux urbains que dans le milieu rural. Le résultat est une série de prototypes d’espace de classe avec des toitures mono-pentes, qui s’agencent de façon à favoriser l’éclairage et la ventilation de la classe mais également la ventilation de la toiture. Tout ceci est pensé de façon à limiter les rayons du soleil dans l’espace intérieur et éviter les surchauffes qui rendraient les conditions d’apprentissage défavorables, surtout dans les contrées du Sénégal où il fait très chaud. La structure métallique est favorisée afin de pouvoir ériger rapidement les prototypes, mais les couvertures et les remplissages varient selon la disponibilité des matériaux dans un contexte donné. Il est donc possible de construire des prototypes avec des murs en parpaings ciment et la toiture en tôle comme de construire des prototypes avec des murs en briques de terre et la toiture en paille.

Les stratégies de confort passives exemplifiées dans ce projet et l’utilisation des matériaux biosourcés étaient souvent au cœur de projets d’étudiants de l’E.A.U., qui démontraient tous par des schémas leur compréhension des vents dominants et de l’ensoleillement, et mettaient en place des stratégies pour atteindre un confort physiologique sans avoir recours à la climatisation.

La construction d’infrastructures nationales

« L’idée lui est venue d’un discours du président Léopold Sédar Senghor. Après pour le choix, il avait choisi Kocc Barma, qui était l’une des icônes de notre histoire, mais aussi il y avait Lat Dior, qu’on connaît tous par rapport au Cayor, Cheikh Anta Diop, qui était le géant du savoir, et Aline Sitoe Diatta, qui était la dame de la Casamance. » Galass Kandji s’exprimant au nom de son père Thiao Kandji

Extraits de la thèse de Thiao Kandji, « Étude et conception d’un Panthéon national à Dakar », 1990. © Thiao Kandji

Le projet d’étude pour un Panthéon national développé par Thiao Kandji est à l’image de la politique culturelle senghorienne de réflexion et d’établissement d’institutions et de bâtiments pour faire briller la culture sénégalaise. La première réflexion se base sur le choix de héros nationaux choisis à savoir le scientifique Cheikh Anta Diop, la résistante casamançaise Aline Sitoe Diatta, le roi et résistant Lat Dior et le philosophe Cayorien Kocc Barma Fall qui traverse le temps et exemplifie différentes vertus de la culture sénégalaise. Le programme du panthéon ne se limite pas à iconiser des personnages historiques ou d’en faire un « tombeau national ». En voulant se défaire du modèle des panthéons parisien et romain, le bâtiment abrite aussi un programme culturel et un espace pour les célébrations.

Le choix du site est la Place de la Nation marquée par une obélisque et le parti architectural d’un bâtiment circulaire centré autour de l’obélisque. D’un point de vue technique, une étude géologique du site a été effectuée dans le cadre des travaux de recherche. Le bâtiment résultant est aussi monumental que son programme, avec une composition volumétrique très distincte et une façade très solide à l’extérieure, très peu vitrée, protégeant le bâtiment des vents et du soleil.

Extraits de la thèse de Thiao Kandji, « Étude et conception d’un Panthéon national à Dakar », 1990. © Thiao Kandji

D’autres projets d’étudiants de l’E.A.U. ont eu pour but la création d’institutions nationales en questionnant les institutions occidentales et en puisant dans la diversité des cultures locales. C’est le cas du projet d’étude et de conception en 1990 d’un Institut des Langues nationales à Dakar conçu par Youssoupha Leye, qui faisait partie de la même promotion que Thiao Kandji. Ce projet est l’expression matérielle d’une politique senghorienne de codification des langues nationales dans l’enseignement. Et Babacar Clédor Wade, de la promotion de 1989, proposait un projet de Musée national à Dakar. Ces projets démontrent la quête d’une construction identitaire qui prend source dans l’enracinement local et fait vivre le patrimoine immatériel (mémoire, langues, etc.) tout en répondant aux exigences de la société contemporaine et du contexte urbain de Dakar.

Bien que beaucoup des projets de thèse sont restés théoriques, leurs architectes éprouvent, en les revisitant, un grand sentiment de fierté envers la rigueur du travail accompli, leur investissement dans la problématique et une forme d’optimisme sur le fait que leurs projets apportent de réelles solutions aux défis de la société sénégalaise. L’ancrage des projets dans la culture est exprimé dans la réponse programmatique et urbaine, l’utilisation de matériaux sans pour autant copier ni imiter les architectures traditionnelles qui étaient profondément étudiées. L’architecte Birahim Niang, sorti major de la promotion de 1980 et qui rejoindra par la suite l’ADAUA et réalisera un projet tributaire du prix Aga Khan, a été interrogé sur son éducation à l’E.A.U. :

« Donc nous avons, à partir de l’école d’architecture, réussi à comprendre qu’il faut donc s’approcher des populations avant de construire. Savoir pour qui on construit et où on construit…J’ai été initié dans une école, où on a fait le tour du Sénégal, on a fait toute la typologie des 24 ethnies du Sénégal, et quand on sort de cette école, normalement, on est architecte sénégalais…. Nous sommes allés à Kaédi, où il n’y avait ni ciment ni fer. Nous avons construit l’hôpital avec de nouvelles formes. Des ogives, des oves, qui n’étaient pas dans la géométrie actuelle, que nous avons inscrites dans l’architecture, et qui tiennent debout. » Birahim Niang

Birahim Niang. L’Hôpital de Kaedi, 1983 (tributaire du Prix Aga Khan pour l’Architecture en 1996 - Birahim Niang, Fabrizio Carola et toute l’équipe de l’ADAUA ont partagé le prix ensemble.)

Après près de 20 ans d’existence et l’émergence d’une génération d’architectes formés au Sénégal en réponse à une volonté politique de construction nationale, L’école nationale d’architecture du Sénégal a fermé en 1991 par arrêté ministériel à la suite du déficit budgétaire gouvernemental. L’E.A.U accueillait aussi beaucoup d’étudiants étrangers de la sous-région et a part l’EAMAU à Lome (Togo) elle était la plus grande école de référence en Afrique noire francophone. Les répercussions de cette fermeture laissent le pays sans structures d’’enseignement d’architecture pendant plus de 15 ans durant lesquels les architectes sénégalais se forment à l’étranger (France, États-Unis, Maroc, Turquie, Togo, etc.).

La question des archives

« Le problème des archives, c’est le problème de la mémoire. Les archives, il faut qu’elles restent, il faut qu’elles demeurent. Et c’est ça la grande difficulté. Je veux dire que nous, à l’époque… Je n’ai pratiquement pas de traces de mes premiers projets, parce que je faisais les choses au fur et à mesure. On était dans un environnement où la question ne se posait pas réellement. Je veux dire, contrairement à votre époque à vous, où vous êtes même un souffle, vous allez le numériser et vous allez le photographier et vous allez… etc. Et je pense qu’effectivement, c’est le moment. » Annie Jouga

Le programme académique de l’E.A.U. aujourd’hui parait comme une utopie à voir la richesse du curriculum et l’investissement des étudiants et futurs architectes dans la construction de leur pays. Il est important plus que jamais de puiser dans cette mémoire, recentrer une vision politique en accord avec les défis actuels pour établir des institutions académiques et culturelles qui nous permettent de former l’architecte sénégalais d’aujourd’hui et de demain.

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